tuer le silence Index du Forum
tuer le silence
forum d'ecoute,entraide aux victimes de viols ici compréhension du mal être
 
tuer le silence Index du ForumFAQRechercherS’enregistrerConnexion

:: Une vie compliquée ::

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    tuer le silence Index du Forum -> tuer le silence -> votre histoire
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Lacrymo


Hors ligne

Inscrit le: 25 Mar 2018
Messages: 3
Féminin

MessagePosté le: Dim 25 Mar - 14:02 (2018)    Sujet du message: Une vie compliquée Répondre en citant

Bonjour à toutes et tous, 

Bon... Je n'ai pas vraiment l'habitude de me livrer comme ça sur un forum, mais je sens bien qu'autour de moi, mes proches ne comprennent pas. Je ne leur en veux pas du tout, ils ne peuvent pas s'imaginer ce que je ressent en tant que victime de viol, mais j'ai besoin de parler à des personnes qui peuvent me comprendre et éventuellement me donner des conseils pour remonter la pente. 

Ce post va certainement être un peu long, je vais vous raconter mon histoire, en floutant volontairement certains détails, car je ne veux pas qu'on puisse me retrouver... 

En 2013, jeune étudiante de 18ans dans une nouvelle ville à 500km de ma famille, je m'intègre peu à peu à la vie universitaire. Je suis assez timide de base, mais je me fait vite de nouveaux amis dans ma promo (je ne connaissais personne dans cette ville). Puis, je rencontre des militants associatifs et politiques, très sympas, et étant de gauche depuis toujours, j'adhère vite à un syndicat étudiant (celui qui a fait les gros titres récemment pour des histoires similaires à la mienne..) et à une organisation politique. 

Je rencontre vite un certain Yves, un cador de ces organisations, un "militants hors pair", un responsable important et respecté. 
Quand je l'ai rencontré, je le trouvais normal, sympa et assez impressionnant car il avait une rhétorique, une idéologie, et une réputation assez impeccable. 
J'ai vite été intégré aux "petits responsables" de ce syndicat, j'avais des petites responsabilités comme tenir des permanences syndicales, rappeler des militants pour les actions que nous allons faire, etc. 

Je participe également aux soirées avec les gens de la tendance de mon syndicat (dans ce syndicat, il existe plusieurs tendances qui veulent toutes - en gros - prendre le pouvoir localement et nationalement). Etre dans cette tendance, c'était presque être dans une secte : entre soit permanent, diabolisation très violente des autres adhérents qui ne sont pas dans la même tendance,... Et plus grave encore, je me suis coupée (comme beaucoup) de toute vie sociale en dehors de ce cercle restreint. 

Dans les soirées, les "camarades" hommes tenaient des propos de ce style : "Je me retiens de baiser toutes les nouvelles car je veux pas que y'est des conséquences sur le syndicats", "aux prochaines élections ça sera elle et elle qui iront faire des interventions pour appeler à voter pour nous dans les filières très masculine. Hésitez pas à mettre des décolletés !"... 
Il y a avait aussi des pratiques très très sales, comme dans les fichiers excel d'adhérents, mettre des notes à côté des noms de certaines filles : "Baise bien mais est conne", "Suceuse", etc..

A l'époque, les questions de féminisme, d'égalité, etc, n'étaient pas du tout abordées dans le syndicat (du moins dans ma section locale et dans ma tendance), je ne trouvais pas ces pratiques normales, mais je ne m'opposais pas. 

En rentrant d'une soirée chez un élus étudiant de notre syndicat, je prenais le bus de nuit avec Yves et d'autres camarades. Nous avions tous bus quelques verres, mais j'avais les idées claires. Yves a passé sa main sur mes cuisses, je l'ai repoussé, il n'a pas insisté. Il me mettait très mal à l'aise. 

Comme beaucoup de filles du syndicat, j'avais peur de Yves. Pas parce qu'il avait carressé mes cuisses, mais parce qu'il faisait souvent pleurer les filles pour les "tester idéologiquement", il nous poussait souvent dans nos retranchement pour nous "endurcir". Parfois j'avais même l'impression qu'il prennait plaisir à nous faire pleurer, à nous insulter de grosses merdes si nous n'arrivions pas à "tenir un dispo" très tôt le matin (c'est à dire se lever à 5h pour distribuer des tracts ou coller des affiches), à nous afficher devant tout le monde. L'humiliation était quelque chose de courant à l'époque, et souvent seules les femmes prenaient. 


On en arrive à la soirée ou tout à basculé, où depuis je suis spectatrice de ma vie, à moitié morte à l'intérieur : 

Nous partons en soirée dans le centre ville, avec des gens du syndicat mais aussi des personnes extérieures. Nous allons dans un bar. Je commande une pinte, puis plus rien. Je me réveille le lendemain matin, à moitié consciente, Yves sur moi en train de me violer. Il termine, se lève, je vois alors qu'il n'a pas de préservatif, me dit "on se voit demain pour faire un point sur le fichier" et part, oubliant juste une chaussette chez moi. 

Je me lève, je me sens honteuse, je ne comprend pas ce qu'il s'est passé. Je me souviens d'avoir bu une pinte, à l'époque il m'en fallait beaucoup plus pour avoir un "trou noir" en soirée. Je suis dans ma chambre étudiante, seule, je pleure, je prend une douche, puis deux, puis trois. 
J'envoie un sms à Yves, en lui demandant si ça va et si il veut qu'on mange ensemble. Il me répond que non et que cette soirée ne voulait rien dire. 

J'ai longtemps trouvé ça normal de lui renvoyer un message. J'avais seulement l'impression d'être une salope. Je ne voyait pas ça comme un viol, je me disais que tout était de ma faute de toute façon. 

Après ces évenements, j'avais encore plus peur de Yves, je ne voulais plus être seule avec lui, j'avais souvent des crises de panique le soir quand j'étais seule. 

J'ai quitté mes responsabilités au syndicat et je suis devenue une responsable politique, dans une organisation où lui aussi était adhérent. 

Je faisais en sorte de le voir le moins possible, j'étais mal.

3ans plus tard, au fil de discussion avec une adhérente, nous en sommes venus à parler de ce qu'elle a subit, une histoire assez similaire à la mienne, et elle m'a clairement dit que non, quand on  est inconsciente on ne peut pas être consentante à un rapport sexuel, que c'était un viol. 
Voilà, quelqu'un l'avais dit. Elle ne savait pas ce que j'avais subis, mais dans ma tête un déclic s'est fait. 
J'ai réfléchis longtemps à ce qu'il m'a fait, aux conséquences que j'avais (cauchemars récurrents, pensées suicidaires, bipolarité certains jour, agoraphobie), comme un poids en permanence sur moi). 

J'ai alors compris que me pénétrer quand j'étais inconsciente, c'était juste un viol. 

A l'époque je travaillais dans une association, ainsi que mon compagnon (avec qui je suis toujours par ailleurs). Je n'osais pas en parler, j'étais honteuse, j'avais peur. Je pleurais encore plus qu'avant, certains jour je n'arrivais même pas à ma lever pour aller travailler, je n'arrivais pas à sortir de chez moi. 

J'ai appelé les deux "personnes de confiances" de l'organisation. Ce sont des filles qui à qui on peut se confier si on a subit ce genre de chose, et qui nous épaulent et sont censées nous protéger. Elles devaient venir chez moi le lendemain matin pour parler. Le soir, avant ce rendez-vous, j'ai éclaté en sanglots, mon copain m'a demandé ce qu'il se passait. J"avais tellement peur qu'il me rejette, qu'il me considère jsute comme une victime, ou pire qu'il pense que je suis une menteuse. Je lui ai raconté. C'est la première personne a qui j'ai eu la force de le dire. Il a éclaté de rage, il avait envie de tuer Yves. 
Après son coup de colère, nous avons longuement parlé, il m'a dit qu'il ne pouvait pas comprendre ce que je ressentais, mais qu'il serait toujours là pour moi, ce qu'il a toujours fait depuis. 

Je n'ai presque pas dormi de la nuit, les personnes de confiances arrivent chez moi à 10h, mon copain est parti travailler en me souhaitant plein de courage pour ce rendez-vous. 
Je sers un café, je m'assois dans mon canapé, je commence à pleurer. J'arrive à dire quelques mots : "Yves m'a violée". La réaction de la première a été de me prendre la main en me regardant dans les yeux avec une sincérité incroyable dans son empathie. L'autre à seulement dit "Putain Yves, qu'est ce que tu as fais". Cette dernière était une proche de Yves depuis très longtemps, ils sont de la même ville. Je ne comprennais pas cette réaction, j'avais l'impression qu'elle était juste déçus du comportement de Yves. 

Des mesures pour me protéger ont vites était prise, et j'ai du en parler à plus de personnes pour me protéger dans mon organisation politique. 
Yves a été écarté, il a même déménagé. Des personnes de la direction de l'organisation et du syndicat 'l'ont mis à l'écart dans toute la France. 
Il a cependant organisé une "soirée d'adieu" avant de partir, à laquelle la deuxième personne de confiance a participé en invitant des gens, dont des proches à moi. 

Très vite, certaines personnes m'ont accusé de complot politique envers Yves, que j'étais une menteuse et que je disais ça pour lui nuire. Ces remarques, j'en suibit encore aujourd'hui.  A chaque fois elles me détruisent un peu plus. 

En ce moment, beaucoup de choses se passent. Je n'ai pas encore porté plainte, mais je vais le faire, je suis depuis peu suivie par une association qui aide les victimes. Je remonte un peu la pente. Mais dès que j'entend parler de Yves, dès que j'apprend qu'il est en ville, je suis incapable de sortir. 
Yves essaie de revenir dans le milieu militant et monte des personnes contre moi. 

Physiquement, j'ai pris du poids depuis que j'en ai parlé, mentalement, je suis fatiguée en permanence, je fais de la tension, je me ronge les ongles tout le temps, je suis tout le temps dans un état de déprime et de stress quand je dois sortir de chez moi. J'ai en permanence un poids lourds sur mes épaules, parfois je résiste à ce poids, parfois je m'éffondre. 

L'association qui me suit m'a beaucoup aidé, même si je n'ai qu'un seul rendez-vous. J'ai l'impression que je vais de l'avant, que j'arrive enfin à en parler dans pleurer systématiquement (par exemple là je suis grave fière, je pleure pas en écrivant ce post). Par contre, la fille qui me suis m'a dit que le trou noir que j'avais eu était certainement du à un choc psychotraumatique, elle m'a donné un site à lire pour comprendre : https://www.memoiretraumatique.org/psychotraumatismes/introduction.html . En gros ce qui est écrit c'est à peu près à 85% moi depuis ce qui s'est passé (allez voir la partie "conséquences"...)

Je pense que c'est ce que j'ai subit. Et depuis le premier rendez-vous avec l'association des sentiments remontent de temps en temps, des sentiments d'insécurité et de stress intense.


J'ai cependant la chance d'avoir des proches qui me soutiennent énormement, mon compagnon mais aussi des amis. 

Le seul truc, c'est que j'ai encore très peur de porter plainte, de subir la procédure longue, d'être confrontée à lui, peur de perdre et que les gens pensent que je suis une menteuse. 

Je me reconstruit petit à petit, mais c'est très difficile. En plus, toutes les révélations sur le syndicat dans lequel j'étais ont été très dur à gérer pour moi. Je suis contente que les paroles se libèrent, mais à chaque article publié, je suis détruite. 

Voilà, je fais ce post car j'ai vraiment besoin d'en parler.

Si vous avez des conseils, des messages, hésitez pas. Mon prochain rendez-vous avec l'association est mardi après-midi, j'appréhende pas mal. 

Voilà. Merci à vous qui avez pris le temps de lire.  


Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Dim 25 Mar - 14:02 (2018)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
fleurnoire


Hors ligne

Inscrit le: 23 Jan 2014
Messages: 146
Féminin Balance (23sep-22oct)

MessagePosté le: Dim 25 Mar - 15:32 (2018)    Sujet du message: Une vie compliquée Répondre en citant

Bonjour, Et bienvenue.

Bravo pour ce que tu as écrit. Ce n'est vraiment pas facile à faire et tu l'as fait. C'est un bon pas en avant.

As tu déjà pensé à un psychologue? Peut-être que ça porurait t'aider à mieux vivre..
_________________
"Tu peux fermer les yeux sur les choses que tu ne veux pas voir, mais tu ne peux pas fermer ton coeur aux choses que tu ne veux pas ressentir."


Revenir en haut
Lacrymo


Hors ligne

Inscrit le: 25 Mar 2018
Messages: 3
Féminin

MessagePosté le: Dim 25 Mar - 16:53 (2018)    Sujet du message: Une vie compliquée Répondre en citant

Justement je dois en discuter avec celle qui me suis à l'asso... Et je pense que ça sera une étape incontournable pour "prouver" mon psychotrauma et également pour avancer dans ma vie. 
Après ça me fait un peu peur, car selon les écrits du site de mon précédent post, au fur et à mesure quand on se soigne et quand on est capable d'encaisser, la mémoire traumatique peut se débloquer et des souvenirs, des sensations, etc, peuvent remonter de manière plus violente. 

Mais j'y réfléchis aussi beaucoup 
fleurnoire a écrit:
Bonjour, Et bienvenue.

Bravo pour ce que tu as écrit. Ce n'est vraiment pas facile à faire et tu l'as fait. C'est un bon pas en avant.

As tu déjà pensé à un psychologue? Peut-être que ça porurait t'aider à mieux vivre..



Revenir en haut
fleurnoire


Hors ligne

Inscrit le: 23 Jan 2014
Messages: 146
Féminin Balance (23sep-22oct)

MessagePosté le: Dim 25 Mar - 18:05 (2018)    Sujet du message: Une vie compliquée Répondre en citant

Oui ils peuvent remonter mais pour pouvoir les soigner apres. C est difficile mais ça permet de pouvoir avoir des images par exemple et prendre de la distance avec. 
_________________
"Tu peux fermer les yeux sur les choses que tu ne veux pas voir, mais tu ne peux pas fermer ton coeur aux choses que tu ne veux pas ressentir."


Revenir en haut
Lacrymo


Hors ligne

Inscrit le: 25 Mar 2018
Messages: 3
Féminin

MessagePosté le: Dim 25 Mar - 20:10 (2018)    Sujet du message: Une vie compliquée Répondre en citant

D'accord.. Ca me rassure un peu. Car quand y'a un truc qui remonte par rapport à ça pour le moment je peux pas du tout gérer et je m'effondre à chaque fois. 

Revenir en haut
fleurnoire


Hors ligne

Inscrit le: 23 Jan 2014
Messages: 146
Féminin Balance (23sep-22oct)

MessagePosté le: Dim 25 Mar - 21:16 (2018)    Sujet du message: Une vie compliquée Répondre en citant

C'est tout à fait normal.
Avec un psychologue, tu pourras peut-être trouver des moyens pour moins t'effondrer.
_________________
"Tu peux fermer les yeux sur les choses que tu ne veux pas voir, mais tu ne peux pas fermer ton coeur aux choses que tu ne veux pas ressentir."


Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 03:50 (2018)    Sujet du message: Une vie compliquée

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    tuer le silence Index du Forum -> tuer le silence -> votre histoire Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | Creer un forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Flowers of Evil © theme by larme d'ange 2006
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com